Couteaux corses

Souvent fabriqués par les utilisateurs eux-mêmes, à partir de « forbice » (forces ou ciseaux à tondre) cassées ou découpés dans des morceaux de « sigone »(longues scies) usées, les anciens couteaux corses étaient conçus comme des outils destinés aux travaux de tous les jours.

On les appelle – improprement aujourd’hui – « Couteaux de Berger ». Mais les bergers n’étaient pas les seuls utilisateurs, loin s’en faut. Ces objets frustres étaient employés à bien d’autres usages : le « stoccu », dont la forme variait selon les vallées (simple poinçon ou large couteau), permettait de saigner le bétail ou le gros gibier ; pour les travaux des champs, on se servait d’une serpe pliante (« insitaghjola », littéralement « greffoir », appelée aussi « runchetta » dans le Sud), des lames fortement recourbées servaient aux vanniers… D’autres couteaux comportaient au contraire une pointe très arrondie pour creuser des cuillers et d’autres ustensiles en bois destinés à la cuisine. Le tarabiscot porté au dos de certaines lames servait à graver ou à sculpter le bois.

Ils présentent une caractéristique commune : une lame large susceptible de durer dans le temps, en « encaissant » régulièrement des affûtages à la meule à eau et les passages répétés sur la « limaghjola » (pierre à affûter).. Bien avant l’ère industrielle, chaque village disposait de plusieurs forgerons. C’est ce qui explique qu’aujourd’hui on trouve, selon les régions, de sensibles différences dans les formes et les dénominations. Malgré tout, des similitudes existent : toutes ces lames ne peuvent nier les influences sarrasines, mauresques, ibériques ou italiennes qui ont modelé la Corse au cours de son histoire. Même si certains « outils » ont pu permettre parfois de vider une querelle, ils n’étaient pas destinés à servir d’arme. Pour cela, il existait d’autres couteaux dotés d’une forte lame que l’on portait sous la veste, glissé dans la ceinture… Tout au long de son histoire, la Nation Corse a connu des luttes sanglantes et une violence telle que, malgré l’apparition des armes à feu – et en raison de leur interdiction par l’occupant génois – un robuste « stilettu » a longtemps garanti la survie de son propriétaire.